dimanche 17 juin 2012

Après l'hommage aux soldats d'Afghanistan


Soldats de métier
ou chômeurs dissimulés ?

Les obsèques solennelles des quatre derniers « morts pour la France » en Afghanistan ont amené certains à s’interroger : fallait-il une telle solennité pour des hommes qui n’avaient finalement été victimes que des risques du métier ? Ce métier, ne l’avaient-il pas choisi en toute connaissance de cause ?

Il est vrai qu’on en fait moins pour les nombreuses victimes des accidents du travail comme pour ceux que la pression hiérarchique amène à craquer et à se suicider.
Il fallait, en l’occurrence, montrer qu’ils n’étaient pas des soldats perdus, comme ceux d’Indochine de 1946-54, et qu’ils avaient participé à une mission sacrée au nom de la France et pour la sécurité des Français —une problématique contestable et d’ailleurs contestée.
Etaient-ils pour autant des soldats de métier qui avaient choisi d’aller au baroud en toute connaissance de cause et par gout de l’aventure et des amitiés viriles ? Une étude d’il y a quelques années montre que l’on s’engage le plus souvent par manque de perspectives professionnelles plus que par vocation guerrière.
On devient EVAT (engagé volontaire de l’Armée de terre) de 17ans et demi à 29 ans, sans aucune qualification pour 1200€ brut par mois au début, logé, nourri, en signant un engagement de 3 à 5 ans. La situation de VDAT (Volontaire de l’Armée de terre) de 18 à 26 ans est moins contraignante (engagement d’un an seulement, renouvelable quatre fois) mais aussi moins rémunérée (700€ brut par mois au début) avec la possibilité de passer EVAT au bout de 10 mois. <http://www.jobintree.com/metier/militaire-rang-armee-terre-798.html>.
Un slogan déjà ancien proclamait « l’Armée vous apprend un métier ». Et il est vrai qu’à part le métier de combattant à pied, elle donne à beaucoup l’occasion de se former dans la mécanique, les transmissions, le secrétariat, etc. L’armée permet ainsi d’échapper au chômage mais elle offre aussi une reconnaissance sociale et une stabilité dans l’emploi qu’on trouve de plus en plus difficilement dans le civil.
Jean-François Léger, de l’observatoire social de la Défense notait déjà il y a quelques années : <http://www.cairn.info/revue-francaise-de-sociologie-2003-4-page-713.htm>
 « Les contrats proposés par les armées offrent aux jeunes une certaine sécurité statutaire. Comme l’ont expliqué la plupart des jeunes rencontrés dans les centres d’information des armées, ces contrats sont « solides ». En dépit de leur durée déterminée (...) , ils acquièrent dès lors un aspect éminemment sécurisant : les jeunes savent pour combien de temps ils sont recrutés et n’ont pas le sentiment que leur contrat sera remis en cause pendant sa durée. La notion de précarité n’est donc pas associée aux contrats d’engagés volontaires. Ils constituent une réelle garantie statutaire et permettent aux jeunes de se sentir « dans la peau » d’un véritable salarié. En effet, les statuts qui leur sont bien souvent offerts sur le marché de l’emploi civil rendent difficile leur affirmation sur le marché du travail. (...) Ces contrats leur donnent l’impression de rester en marge du marché de l’emploi, d’être des « intermittents » du travail, et non des actifs occupés à part entière. Nombre d’entre eux peuvent alors développer le sentiment que leur rémunération est une forme d’obole, et non la contrepartie équitable de la mise en œuvre de compétences. »
Il rapporte ainsi ce témoignage d’un jeune soldat :« Par rapport à ce que je fais [des petits boulots, sous la forme de contrats plus ou moins formalisés], à l’armée, on a un contrat. C’est un salaire qui tombe tous les mois, on n’est pas obligé d’aller pleurer en fin de mois pour avoir la paye. Parce que des fois, on te paie “au black”, t’as l’impression d’être un voleur, alors que t’as juste fait ton boulot. Alors que là, l’armée, c’est quand même vachement carré, t’es reconnu, c’est un plus, c’est sûr. C’est une garantie. De ce côté-là, l’armée, c’est “clean”. On bosse, on est payé, il n’y a pas d’embrouilles. »
Et JF Léger de préciser : « La place occupée par l’institution militaire au sein de la société et sa permanence historique contribuent fortement à crédibiliser les contrats offerts par cette dernière et à leur conférer un caractère sécurisant. L’armée a toujours existé, et cette existence ne saurait être remise en cause. Elle n’est donc pas dépendante des aléas socioéconomiques, comme l’est le monde de l’entreprise. Être militaire, c’est, en quelque sorte, être protégé du risque de licenciement économique. En ce sens, le fait de s’engager est, d’un point de vue strictement contractuel, sécurisant : en s’engageant, les jeunes savent que leur statut est garanti. Cette sécurité contractuelle se double d’une rémunération qui est compétitive par rapport à ce que propose le marché du travail civil (Mattiucci, 2001). La solde proposée aux militaires du rang (sans compter les primes à l’engagement, les avantages en nature tels que le logement ou les repas) se situe au-dessus du revenu médian des salariés âgés de 15-24 ans (854  en 1999)  [Source : Insee, Enquête Emploi 1999], tandis que les engagés volontaires perçoivent chaque mois une solde supérieure à 1000 ).
Evidemment, il y a toujours des idéalistes et des têtes brulées, des amoureux des armes et de l’aventure mais on trouve plutôt les premiers chez les officiers et les derniers dans des corps spécialisés comme les paras de la Légion ou de l’Infanterie de Marine.
Quoi qu’il en soit, le plus antimilitariste des citoyens ne peut se réjouir de voir ces jeunes gens se faire tuer pour des causes perdues dont la légitimité n’est pas toujours évidente. On devrait laisser tous les va-t-en-guerre revêtir l’uniforme et aller risquer réellement leur vie au lieu de risquer, comme trop souvent, celle des autres.

mardi 5 juin 2012

Regards sur une terre humaine



Changez d'horizons !



Un nouveau livre 
de Jean J. Mourot



Avec « Regards sur une terre humaine-Japon, Arctique », Jean J. Mourot revient sur des entretiens qu’il eut il y a vingt ans avec deux personnalités qui ont continué depuis à tracer leur sillon.

Ces deux chercheurs au CNRS n’ont pas eu le même destin.

La première, Laurence Caillet, après un long séjour au Japon dont elle a ramené son livre aujourd’hui introuvable, « La maison Kamazaki » est restée une discrète chercheuse du CNRS où elle a continué sa carrière de spécialiste du Japon, dirigeant encore récemment de nombreuses thèses sur ce thème.

Le second, le très médiatique Jean Malaurie a continué à labourer les terres arctiques et à œuvrer auprès des autorités compétentes à l’émancipation des peuples du Nord, qu’ils dépendent du Canada, du Danemark ou de la Russie, pays dans lesquels il est reconnu et écouté.

Au cours des deux longs entretiens que l’auteur a eu avec eux en  1991 et 1992, publiés peu après dans la revue syndicale et pédagogique « l’Ecole Emancipée », à l’époque où s’y cotoyaient  sans trop de problèmes les militants radicaux du monde éducatif, ces deux chercheurs ont eu l’occasion de développer leur vision qui du Japon de l’époque, qui de l’avenir des peuples arctiques, tout en revenant sur leurs expériences passées.


L’essentiel de leurs témoignages demeurant étonnamment actuel, leur réédition ne manquera pas d’intéresser ceux qui ne se résolvent pas à sacrifier l’humain au productivisme et au profit de quelques uns. D’autant que le compte-rendu de ces entretiens est suivi d’un regard actuel sur le Japon d’aujourd’hui et sur la situation des peuples arctiques en ce début du XXIème siècle.

Illustré de nombreux documents iconographiques, ce petit livre se lit facilement.

Prix : 7,50 € +port

POUR SE PROCURER LE LIVRE

Par Internet
Books On Demand : http://www.bod.fr/bodshop.html
Editions du Scorpion : edition-du-scorpion@laposte.net
 Port : 4,22 €


Par la Poste
Jean Mourot - Editions du Scorpion
622 bis rue de l’Essart 76480 YAINVILLE
Port: 2 € (écopli) ou 2,50 € (lettre verte)