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mercredi 12 janvier 2011

Des dessins pour le dire 2/Les années Mitterrand

A BAS LE SYNDICALISME PISSE-FROID !

Vingt-cinq ans de syndicalisme enseignant à travers le dessin satirique dans « l'École Émancipée» 

Le tome 2 de la série "Des dessins pour le dire" consacré aux années Mitterrand vues par le dessinateur E.Kolemans dans "l'Ecole Emancipée" est paru en déc. 2010.

On y trouvera un résumé de l'histoire politique et syndicale d'une quinzaine d'années mouvementées vu à travers le prisme du syndicalisme enseignant le plus à gauche au sein de la Fédération de l'Education nationale, la défunte FEN, avant son implosion...




Mitterrand en 1981
Balladur et Sarkozy à l'heure de la cohabitation

« L’humoriste, c’est un homme de bonne mauvaise humeur »
Jules Renard

« L’humour est une façon de se tirer d’embarras sans se tirer d’affaire »
Louis Scutenaire

« La satire est une sorte de miroir dans lequel les spectateurs découvrent
généralement le visage de tout le monde, mais pas le leur. »
Jonathan Swift
 


Jean Mourot/E. Kolemans : Des dessins pour le dire 
2/ Les années Mitterrand ISBN 978-2-8106-1947-4
132 pages format A4; couverture souple pelliculée; 205 dessins,
7 planches de BD ou croquis sur le vif; 17 € l'ex., 
 Books on Demand, 12-14 Rond-point des Champs-Elysées 75008 PARIS, http://www.bod.fr
Bonnes pages consultables sur "Google livres"
A commander en librairie ou chez BoD ou encore sur amazon.fr , chapitre.com, ou alpage.com (franco avec 5% de remise) ou chez l’auteur (5% de remise+frais d’envoi 3,15 €)
 



dimanche 24 octobre 2010

Des dessins pour le dire 1/Les années Pompidou-Giscard


30 ans de syndicalisme enseignant  
à travers le dessin satirique dans la revue "l'Ecole Emancipée"


Pendant 30 ans, Jean Mourot a collaboré à la revue « syndicale et pédagogique » fondée en 1910, « L’École Émancipée », expression de la tendance la plus à gauche de la FEN, héritière des premiers syndicats d’instituteurs. À partir de 1972, sous le pseudonyme d’E.Kolemans, il y a publié des caricatures et des dessins satiriques, en commençant par le supplément de son département.
C’est l’essentiel de ces dessins, augmenté de quelques inédits, qu’on trouve dans cet album consacré aux années Pompidou-Giscard avant l’élection de François Mitterrand. C’est une façon amusante de revisiter la dizaine d’années d’histoire du syndicalisme enseignant précédant l’arrivée de la Gauche au pouvoir.

vendredi 23 juillet 2010

Un jeune instit à la fin des années 50

L'école à Vespa 1955-1957

        Le scooter, et particulièrement la Vespa, fut, au milieu du 20ème siècle, le destrier des jeunes gens qui avaient les moyens d'en acheter un.
    Jean Mourot, jeune instituteur de la banlieue rouennaise, frais émoulu de l'École normale, traversa sur sa Vespa les deux années scolaires qui précédèrent son départ pour l'Armée... et l'Algérie.
     Dans ce récit qui ressuscite une époque révolue où la France se relevait lentement des désastres de la Guerre, on le suit dans ses débuts de maitre d'école, dans ses classes successives mais aussi dans la vie associative et artistique du moment à laquelle il participe activement et l'on partage ses états d'âme politiques, philosophiques et sentimentaux.

Jean Mourot- L'école à Vespa  1955-1957
Books on Demand mai 2010
– 132 p. illustrées- 7,90
En vente sur www.bod.fr
ou chez l’auteur : 622 bis rue de l’Essart 76480 YAINVILLE

 EXTRAIT


C’est sur ma Vespa que je rejoignis mon poste pour la rentrée d’octobre 1955. J’avais été nommé à l’école Mullot, l’une des deux écoles annexes de notre École Normale, à l’angle de la rue St Julien et de la rue Jean Mullot, du nom, semble-t-il, d’un maitre-papetier rouennais du XVIème siècle. C’était un groupe de quinze classes installé dans une bâtisse républicaine en brique agrémentée de pierre de taille à laquelle on avait très récemment rajouté une aile sur un niveau. C’est dans l’une des deux salles de cette extension, pas même encore peinte à la rentrée, que je devais officier, à la tête d’un CM1 –le genre de classe que l’on pouvait sans crainte confier à un débutant puisque les élèves ne faisaient qu’y passer, sans la sanction de l’apprentissage de la lecture, comme au cours préparatoire (CP), de l’entrée en 6ème, comme au cours moyen 2ème année (CM2) ou du Certificat d’Études à la fin de la classe de fin d’études primaires.
Cette école était dirigée par un affreux personnage au visage chafouin et au corps replet du nom d’Hubert, despote mesquin dont j’avais déjà pu constater la malfaisance au cours de mes stages d’élève-maitre dans l’établissement. Aussi n’avais-je pas apprécié outre mesure ma nomination qui n’avait d’autre avantage que de ne pas trop m’éloigner de chez moi.
L’enseignement dispensé l’était d’une manière très traditionnelle et la discipline intérieure était quasi napoléonienne : par exemple, qu’il fasse beau, qu’il pleuve ou qu’il vente, pour limiter les risques de bousculade, on n’entrait en classe qu’à l’issue d’une savante évolution en rang –on se rangeait militairement sur deux files parallèles, le bras tendu touchant l’épaule de l’élève précédent– entre les arbres de la cour, en marquant le pas au rythme du sifflet directorial, de manière à ce que chaque cours se présente seul et en silence à la porte d’entrée...
Après avoir rangé ma monture dans un coin de la cour, j’avais sommairement préparé mon travail et à l’heure dite j’étais prêt à participer au cérémonial de la rentrée. Amassés dans la cour, les élèves répondaient à l’appel de leur nom pour aller prendre leur place dans le rang auquel ils étaient affectés. Quand la classe était au complet, elle avait le droit de pénétrer dans les locaux. C’est ainsi que je me retrouvai devant une trentaine de garçons de 9 à 11 ans avec lesquels j’allais devoir faire connaissance. De garçons uniquement, car en ce temps-là, on pratiquait en ville une stricte séparation des sexes et les instituteurs étaient interdits d’école de filles. On les tolérait dans les classes mixtes de campagne, à condition qu’ils fussent mariés. C’étaient dans leur quasi totalité des enfants de milieu modeste, voire très défavorisé. J’en ai connu un qui, parfois, après la classe, pour être autorisé à rentrer chez lui, devait attendre devant sa porte, assis sur la marche du seuil, que sa mère en ait fini avec l’amant occasionnel qu’elle recevait à ce moment-là. Pour ce genre d’enfant, le lait de Mendès qu’on distribuait à la cantine deux fois par jour n’était pas un luxe[1]. Je comptais cependant aussi parmi mes élèves le fils d’un instituteur détaché auprès des Œuvres laïques au titre de la Coopération à l’École. Il dirigeait l’antenne rouennaise de la Guilde du Livre de Lausanne, qui était, avec le  Club  Français du Livre, l’un des deux grands clubs d’édition de qualité qui nous permettait alors de nous constituer au meilleur cout une belle bibliothèque. J’y adhérerai assez rapidement. Ce garçon m’aimait bien. C’était un excellent élève qui, à en croire son père, ne jurait que par moi à la maison. Il réussit plus tard ses études et fit une brillante carrière, ce qui prouve que je n’ai pas été, à l’époque, un aussi mauvais maitre que certains ont voulu alors le laisser croire...
Il me restait cependant beaucoup à apprendre et ma conscience professionnelle était alors des plus accommodantes. Tout à mes ambitions culturelles, je redoutais de me laisser manger par le métier et je tenais absolument à me réserver du temps libre ce qui n’était pas toujours compatible avec les exigences de mon magistère. Libéré des contraintes de l’École Normale et assez imbu de mon savoir tout neuf, j’avais une fâcheuse tendance à négliger les devoirs de mon état que je ne pouvais toutefois complètement ignorer si je voulais décrocher mon CAP, le Certificat d’Aptitude Pédagogique, notre certification professionnelle d’instituteurs de l’enseignement public. Nous étions tenus d’afficher notre emploi du temps, détaillé à la minute près, ainsi que la liste des chants et récitations appris ou à apprendre, d’organiser d’avance notre travail pour l’année et d’établir à cet effet une suite de « répartitions » mensuelles, de préparer quotidiennement notre classe sur un « journal » accompagné de fiches de préparation des principales leçons et de noter, enfin, chaque jour les absences sur un « registre de fréquentation scolaire » –avec l’obligation en fin de mois de calculer le pourcentage de ces absences. Nous devions encore, bien sûr, régulièrement corriger les travaux des élèves et vérifier les cahiers, dont le cahier de roulement sur lequel chaque élève travaillait à tour de rôle, ce qui permettait à notre inspecteur, lors de ses passages, d’avoir une vision globale de la classe.
Il me fallut un certain temps pour me mettre à jour de mes obligations.


[1] /Pour résorber les excédents laitiers, pendant son bref passage à la tête du Gouvernement, Pierre Mendès-France avait institué et financé des distributions gratuites de lait dans les écoles. Quelques années plus tard, elles seront remplacées par une allocation en espèces qui donnera lieu à l’établissement de bordereaux que je devrai encore remplir, une quinzaine d’années plus tard, quand je dirigerai une petite école de campagne sans cantine qui ne percevra jamais un centime de cette allocation. 
 

dimanche 25 avril 2010

Quand on formait des maitres pour les écoles...


Il n’y a plus de « maitres » ou de « maitresses » d’école. Les jeunes enfants sont aujourd’hui confiés, quatre jours sur sept seulement, depuis Lionel Jospin à des « professeurs d’école ».
Dans les débuts de l’école républicaine, celle de Jules Ferry et de quelques autres, on accordait une grande importance à l’instruction du peuple et à la formation des maitres d’une école laïque qui devait damer le pion aux écoles des « frères ». Les écoles normales primaires départementales étaient chargées de former en trois ans les « hussards noirs » exaltés par Péguy et destinés à éduquer de 6 à 12 ans, les modestes jeunes français  alors majoritairement paysans.



Au lendemain de la 2ème guerre mondiale, les normaliens et normaliennes y préparaient le bac en 3 ans et le métier en un an. Jean Mourot a été de ceux-là. Quasiment tous issus de la petite paysannerie ou de la classe ouvrière dont ils sont restés proches, les diplômés de ces écoles normales constituèrent l’élite des instituteurs et institutrices de l’après-guerre. Ils fournirent les premiers contingents des professeurs de collège lors des réformes initiées à partir de 1960.

Au-delà de l’évocation narcissique de ces années cruciales où l’adolescent devient homme, qui furent pour lui des années heureuses, en dépit des séquelles de la guerre, de la rigueur du régime scolaire et de quelques déboires personnels, le livre de Jean Mourot se veut un témoignage de ce que fut l’existence quotidienne des normaliens de la première moitié des années cinquante, entre la fin de la guerre d’Indochine et le début de celle d’Algérie, quand l’arrivée dans les classes des enfants du « baby-boom » exigeait un nombre toujours croissant de maitres et de maitresses d’école et qu’on ne craignait pas de confier des classes à de tout neufs bacheliers forts de leur seuls souvenirs d’enfance… C’est un témoignage qui se lit comme un roman, le roman vrai d’un jeune homme à l’orée d’une vie professionnelle aujourd’hui terminée.

Jean Mourot- À l’école des hussards noirs -Mémoires d’un élève-maitre 1951-1955
Books on Demand mars 2010– ISBN 13 :  978-2810618316 – 276 p. illustrées- 16,90
En vente sur www.bod.fr ou chez l’auteur : 622 bis rue de l’Essart 76480 YAINVILLE
Ou encore sur www.amazon.fr ou www.chapitre.com avec 5% de remise et franco de port
Extraits consultables sur Google livres

mardi 9 février 2010

De Metz à Rouen, une enfance mouvementée


Chaque enfance est unique...
Mais l'on aime parfois confronter à d'autres ses propres souvenirs.
Mon enfance, à cheval sur la deuxième guerre mondiale, fut mouvementée.
Le récit que j'en ai tiré ne manque pas de sel et peut se lire comme un roman.
Comme le livre est en outre abondamment illustré de photographies originales,
on pourra aussi le prendre comme un document...
Alors, si le cœur vous en dit, rendez-vous sur le site de The book edition

lundi 19 octobre 2009

La Pacification, c'était la guerre !

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Il y a cinquante ans...

Le début de la fin de l’Algérie française.

Algérie, il y a 50 ans, le 16 septembre 1959.

De Gaulle lance à la radio sa bombe du droit des Algériens à l’autodétermination.

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Dans un donjon de béton de la frontière algéro-marocaine, le jeune sous-lieutenant Jean J.Mourot suit l’allocution présidentielle sur son petit transistor. Il ne mesure pas l’importance de l’événement : encore des propos en l’air, pense-t-il, à la veille d’un débat important sur la question à l’ONU où la France est régulièrement incitée à mettre fin à un conflit qui dure depuis 5 ans. Et pourtant, c’est le début d’un engrenage qui allait conduire au désengagement total de la France d’Afrique du Nord et à la fin d’un mensonge : celui de la « pacification » qui n’était pas la guerre.

Dans son récit « La pacification, c’était la guerre ! », cet appelé évoque et raconte sa participation involontaire à ce qui fut la grande aventure de toute une génération: la guerre d’Algérie. Ayant eu la chance de ne pas faire partie des troupes opérationnelles, il n’a pas de révélations à livrer aux amateurs de sensationnel. Il ne témoigne ni sur la torture, ni sur les exactions de l’Armée, ni sur les atrocités du FLN mais sur le quotidien banal d’un garçon de 23 à 25 ans, ballotté d’affectation en affectation, d’un camp d’instruction perdu dans le bled oranais au barrage frontalier du Maroc, en passant par l’école d’officier de Cherchell, un centre d’instruction des Forces françaises en Allemagne et un village de regroupement de l’ouest oranais.

On peut lire ce livre comme un roman ou comme un reportage sur une époque troublée de notre histoire dont les séquelles se font encore sentir aujourd’hui.

l « La Pacification, c’était la guerre ! témoignage d’un appelé en Algérie 1957-1959 »

BoD, 480 pages, 25,90 €, nombreuses illustrations N.B., dépôt légal sept 2009 ISBN 978-2-1806-1531-5

En vente en ligne sur www.bod.com ( www.bod.fr/index.php?id=1786&objk_id=243071 )+port

Ou sur www.amazon.fr , www.alapage.fr , ou www.chapitre.com franco avec remise de 5%.

On peut aussi le commander en librairie ou chez l’auteur (622 bis rue de l’Essart 76480 YAINVILLE.

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Extraits :

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« Ce soir-là, intronisé auprès de la population du village et débarrassé de mon mentor, je me sentais enfin chez moi. Plein de bonne volonté pour ma nouvelle tâche qui me convenait d’autant mieux qu’elle n’était pas exclusivement militaire, j’étais prêt à m’endormir rapidement sur mon nouveau lit de camp au matelas de laine — un privilège d’officier, les autres devant se contenter de paillasses ! Nous dûmes cependant exceptionnellement retarder le moment de nous coucher : les chiens de Bou Arfa se mirent plusieurs fois à aboyer et ceux du poste à leur répondre. Un chacal rôdait-il dans les parages ? Comme ils insistaient, nous rejoignîmes à plusieurs reprises les sentinelles dans leur blockhaus. Mais la nuit était trop sombre pour que nous fussions en mesure de distinguer quoi que ce soit au-delà de la ceinture de barbelés qui entourait le poste. Le pinceau lumineux de nos lampes-torches n’éclaira faiblement que salades, pois chiches et pieds de courgettes. Vers 23 h, nous allions nous mettre au lit quand éclata la pétarade. Ce n’était pas un feu d’artifice. J’avais connu cela à Cherchell, de loin. Ici, c’était directement sur nous qu’on tirait. Tagada, pan-pan ! Pendant quelques minutes qui me parurent interminables, ce fut un festival de tirs d’armes automatiques, de coups de fusil et de jets de grenades pendant que nos hommes, brutalement tirés du premier sommeil, se préparaient à riposter. Ignorant où l’on était exposé et où on était à l’abri, je me retrouvai assis par terre dans la salle de quart, le téléphone à côté de moi, appelant désespérément à l’aide le PC du bataillon. « — Ne vous affolez pas, on arrive. ». Il fallut quand-même une demi-heure au sous-lieutenant cyrard, le casque de tankiste sur la tête,pour se pointer dans l’EBR du 2/22, en Zorro des temps modernes. Cela faisait longtemps que tout était fini. Après quatre à cinq minutes de répit, nos assaillants avaient encore lâché quelques rafales avant de détaler silencieusement et de disparaître dans la nuit.

Sept mois plus tard, j’appris incidemment à la SAS de Marnia le danger auquel nous avions échappés cette nuit-là. Un « rallié » avait mangé le morceau : nos agresseurs n’étaient pas cinq ou six, comme nous l’avions pensé, mais une trentaine — alors que nous n’étions qu’une vingtaine dans le poste. Commandés par un capitaine, avec la complicité d’un de nos « goumiers » (je ne sus jamais lequel), ils devaient nous surprendre dans notre premier sommeil, nous liquider tous et s’en aller en emportant nos armes et nos munitions. Les aboiements des chiens, nos rondes répétées, la lueur inquisitrice de nos lampes les avaient amenés à penser que leur projet était éventé et que nous les attendions de pied ferme. C’est pourquoi ils s’étaient contentés d’un baroud d’honneur avant de décrocher. »


Version:1.0 StartHTML:0000000194 EndHTML:0000018597 StartFragment:0000006011 EndFragment:0000018561 SourceURL:file:///Users/jeanmourot/Desktop/Edition/Pacif.guerre/Pub%20pacif.-guerre.doc

« Le village du Bois de Térébinthes[1] faisait partie de ces mille villages dont la construction avait été lancée dans le cadre du Plan de Constantine, à l’initiative du délégué général paul Delouvrier, en réponse aux critiques contenues dans le rapport de Michel Rocard sur les centres de regroupements qui ressemblaient un peu trop à des camps de concentration. L’objectif n’était plus seulement d’assécher le vivier du FLN et de mieux contrôler la population, mais dorénavant de « déclochardiser » l’Algérie rurale. On avait débloqué des crédits et mis les villageois au travail. Sous-préfets et officiers SAS avaient dès lors une mission bien définie : transformer les regroupements hâtifs en villages véritables. Dans notre secteur, Térébinthes devait être une vitrine de l’Algérie nouvelle.

On avait commencé par regrouper les différentes fractions de la tribu des Beni Ouassine contraintes de quitter leurs mechtas. Les ouleds Bakhtaoui, Kaddour kbar, Kaddour seghir, Maïder, Melouk, Merazga, Sédouk, Sidi Ziane, Telelsa étaient venus s’agglutiner sous des tentes de laine ou d’alfa, les lourdes et brunes khaïmas des nomades, en attendant la construction de leurs gourbis auxquels ils durent s’atteler sous la direction de l’Armée — en l’occurence : Virier, le chef du poste militaire installé dans l’école. La SAS fournissait le matériel qu’on ne trouvait pas sur place : la paille, le bois, les tôles et, plus tard, les cailloux pour empierrer les rues. Les paysans avaient dû fabriquer eux-mêmes leurs briques de banko. On leur imposa un plan géométrique pour leurs gourbis et pour l’agglomération, quadrillée de vastes avenues à angles droits. Vint ensuite le temps de planter quelques arbres pour égayer l’ensemble. Je n’y restais pas assez longtemps pour les voir faire de l’ombre aux heures chaudes de la journée.

Lorsque j’avais pris mon commandement, le plus gros du travail était fait, tous les villageois regroupés avaient, dans un petit enclos, leur maison sommairement meublée de ce qu’ils avaient récupéré dans leurs gourbis du bled, essentiellement quelques nattes roulées dans un coin, des coussins empilés dans un autre et des couvertures pliées le long d’un mur. Je n’ai jamais eu accès aux cuisines qui était le domaine exclusif des femmes qu’on s’ingéniait à nous cacher. Je ne sais même pas si elle cuisinait sur des feux de bois [2] ou des réchauds. Il fallait pourtant bien qu’elles sortent de temps à autre, ne fût-ce que pour aller chercher de l’eau à la fontaine [3], mais les hommes voyaient cela d’un mauvais œil. Ils toléraient mal qu’elles se rendent à l’ occasion au dispensaire tenu par un infirmier africain [4] et où venait régulièrement un médecin militaire, ou encore à la maison communale où une infirmière militaire revenue d’Indochine faisait l’assistante sociale et dirigeait des cours d’enseignement ménager. Il n’avait pas fallu les forcer pour qu’ils édifient bien vite des murs destinés à dissimuler leurs cours aux regards indiscrets .

Il restait à empierrer les rues. Des chômeurs employés par la commune y travaillaient. À toutes fins utiles, un rouleau compresseur stationnait près de l’école sous notre protection. De grands travaux annexes étaient encore au programme : on avait prévu 20 millions de francs pour installer l’eau courante, 5 millions pour construire une place et une grande allée goudronnée et 13 millions pour édifier une salle de réunion ainsi qu’un café maure et un bain turc. Pour le moment, la place —où l’on avait dressé le mât des couleurs— était poussiéreuse et le seul édifice public nouveau était l’échoppe d’un épicier où l’on trouvait les fournitures de première nécessité, notamment du sucre en pain qu’on débitait en morceaux à l’aide d’un petit maillet.

Mais l’on n’avait rien prévu pour l’hygiène élémentaire, les sanitaires risquant de polluer une nappe phréatique trop peu profonde. Alors, on faisait l’impasse sur le problème. On faisait ses besoins un peu n’importe où, y compris en pleins champs où l’on voyait parfois un paysan s’accroupir pour uriner sous sa djellaba. S’il lui arrivait de déféquer, il se nettoyait l’anus à l’aide d’un caillou lisse. Cette habitude conduisit un jour à l’encombrement de la fosse d’aisances de l’école qui se mit à déborder sans raison apparente. En y regardant de plus près, l’on découvrit qu’elle était pleine des cailloux qu’y avaient laissé tomber les enfants après avoir satisfait leurs gros besoins…

De toute façon, j’avais la conviction que, d’une part, la population bénéficiaire de l’investissement ne nous en était aucunement reconnaissante, tout lui étant don d’Allah[5], d’autre part que, dès que la paix revenue, la plupart des habitants rejoindraient leurs anciennes mechtas, plus vastes, plus intimes, plus confortables selon leurs propres critères et surtout plus proches des terres exploitées, ce en quoi, je me trompais, le régime « socialiste » à venir ayant repris le projet de nouveaux villages[6]. »



[1] /Officiellement, c’était le « village 6 », je crois, le nouveau où officiait Virier étant le « village 8 ». Sur les 8 villages prévus, ce seront les deux seuls à voir le jour. Contrairement à mes prévisions, « Térébinthes » existe toujours, si l’on en juge par les photos aériennes actuelles de la région de Maghnia. Il a changé de nom en devenant l’un des « villages socialistes » voulus par Boumedienne

[2] / Le bois mort était rare. Il aurait été plus facile d’utiliser du charbon de bois. Mais peut-être utilisaient-elles des réchauds à pétrole ou à gaz.

[3] / Il n’y avait bien sûr aucune adduction d’eau, mais c’était également encore le cas dans bien des zones rurales de la Métropole.

[4] / Cet infirmier fut cause d’un scandale qui provoqua sa mutation : il aurait eu une aventure avec une jeune fille du village. C’était d’autant plus inadmissible pour nos villageois que les noirs étaient considérés par les arabes comme des êtres inférieurs. Les quelques noirs qu’on trouvait parfois parmi eux étaient des descendants d’esclaves qu’on traitait avec mépris. C’était le cas d’un de nos « goumiers « , le frêle et humble Bekhti Mahamar dont le fin collier de barbe noir taillé en pointe cachait mal la timidité.

[5] / La formule même du « merci » en arabe (« Allah hi’ghlef » signifie en gros : « qu’Allah soit remercié. » Allah, et pas le donneur qui n’y est pour rien !

[6] /L’idée des 1000 villages a été reprise par Boumedienne en 1972, afin que « les fellahs puissent habiter dans (des) villages socialistes ». Il s’agira de créer un autre modèle de relation sociale fondé sur la solidarité et la coopération en brisant le cadre tribal traditionnel. Pour diverses raisons ce fut pratiquement un échec. La tradition musulmane a été plus forte que l’inculcation idéologique. Ainsi on a constaté, par exemple, dans un village que les occupants avaient occulté par de la tôle, des chiffons ou des arbustes les ouvertures ménagées par les architectes dans les murs d’enceinte !(cf. F.Burgat, Des villages pas comme les autres ?, in Algérie 20 ans, éd. Autrement, mars 1982)