Paperblog : Les meilleurs actualités issues des blogs

dimanche 20 janvier 2013

NOSTALGIE


Une plongée dans le Pays de Caux d’autrefois

Philippe LHOMMET
Illustrations de Jean J. Mourot
Cauchois d’hier et d’autrefois
Scènes et récits de la vie cauchoise de 1900 à 1960
204 p. A5 TBE-Le scorpion brun 15€
En vente sur le site www.thebookedition.com 
ou
à l’Atelier du Scorpion brun J.M. 622 bis rue de l’Essart 76480 YAINVILLE

Le Pays de Caux n’est plus à la mode dans notre littérature, comme si Maupassant en avait épuisé les ressources. On trouve difficilement ceux qui osent encore écrire des histoires cauchoises. Il subsiste bien quelques rares conteurs ou auteurs dramatiques qui perpétuent le patois cauchois. Mais les auteurs français semblent ne plus rien avoir à ajouter aux récits de l’abbé Alexandre ou aux contes de Robert Chouard et la disparition des éditions Bertout a privé les auteurs locaux des moyens de se faire éditer sur place.
Pourtant, cette péninsule française située entre Seine et Manche, ce plateau crayeux couvert de limon fertile sur une couche d’argile à silex que bordent de pittoresques falaises abruptes, a de quoi séduire, en dépit de sa forte pluviosité qui fait verdir les pâturages et mieux apprécier le soleil quand il daigne se montrer.
Plus encore que ses paysages, ce sont ses habitants qui méritent l’intérêt. Certes la spécificité cauchoise tend à s’effacer. La télévision plus que l’école a uniformisé les mentalités et l’ancien mode de vie rural a presque complètement disparu. Cela n’en rend que plus intéressante la démarche de Philippe Lhommet. Dans ses contes, il ressuscite un passé relativement proche, celui de son enfance, quand on utilisait encore les chevaux et qu’on n’avait pas abattu les hêtres des « fossés », ces talus qui protégeaient si bien les « masures » du vent et ...du regard des voisins.
Dans ce temps-là et en général dans les deux premiers tiers du XXème siècle, les villages étaient encore naturellement vivants. L’activité économique ne se concentrait pas encore dans les métropoles de Dieppe, Rouen, Le Havre. Les bourgs connaissaient encore les marchés ruraux où les paysans des environs venaient vendre leur production. Il y avait des « fêtes » où les jeunes gens faisaient connaissance, des foires aux bestiaux et des ventes aux enchères. Les écoles n’avaient pas encore été transformées en entrepôts. On ne prenait pas le car de ramassage pour aller apprendre à lire à des kilomètres de chez soi. On ne cuisait plus le pain, mais le boulanger passait avec sa camionnette. Il y avait une « boutique » dans chaque village et pas encore de supermarchés. Les églises avaient leur curé avec des enfants de chœur, des fidèles le dimanche et parfois même un suisse ! Sur la côte, les pêcheurs partaient encore pour de longue campagnes en mer, quelque fois jusqu’aux bancs de Terre-neuve, et les femmes de marins guettaient anxieusement le retour des bateaux.
 C’est cet univers que fait revivre avec humour le cauchois Philippe Lhommet. De son village natal de Saint-Pierre-en Port à sa résidence actuelle de Nointot , en passant par Bolbec, de la boucherie familiale de son enfance au collège où il a vu passer des générations d’adolescents comme professeur d’éducation physique, il est resté fidèle au Pays de Caux de ses ancêtres. Les personnages qu’il décrit, les anecdotes qu’il raconte, ne sortent pas de son imagination mais de ce qu’il a vu et entendu hier et autrefois. Lire ses contes, c’est pour les plus anciens retrouver une époque révolue et pour les plus jeunes, nos petits-enfants, découvrir le monde disparu dans lequel leurs grands-parents et leurs aïeux ont vécu, dans la peine et dans la bonne humeur, selon les caprices de la vie.

lundi 24 septembre 2012

Ah! les jeunes !



Comment on devient un homme ...

Paul Hislen
Illustrations de Jean J.Mourot
Sacré Pol !
Épisodes plaisants ou dramatiques 
d’une jeunesse mouvementée
des années vingt à quarante
240 pages illustrées-14,90 € TTC - ISBN : 978-2-8106-2464-5
Ed. Books on Demand-Atelier du Scorpion brun
Distribution SODIS-En vente en librairie ou en ligne sur Amazon.fr, etc.

Sémillant nonagénaire, l’ancien ingénieur ESTP Paul Hislen, s’il a dû débarrasser son bureau d’études de ses tables à dessin, n’en est pas moins resté actif, ne serait-ce que devant son ordinateur. Auteur de deux romans policiers, d’un ouvrage de réflexion dialoguée sur les transformations techniques qui ont bouleversé notre vie quotidienne ces cent dernières années et de neuf romans plus ou moins directement nourris de son expérience personnelle mouvementée et de sa riche expérience professionnelle, il a entrepris de revenir, par le truchement de son double, le jeune Pol Anicroche, sur des épisodes marquants de son enfance et de sa jeunesse.
Au soir de sa vie, son héros s’interroge : serait-il devenu un « Monsieur » ? Il lui semble pourtant ne pas avoir renié le petit garçon né au lendemain de la première guerre mondiale, en Allemagne occupée, dont les facéties faisaient le désespoir de ses parents.
     Dans cette succession de récits abondamment illustrés par Jean J. Mourot, ancien dessinateur satirique de l’École Émancipée, Paul Hislen évoque avec humour les péripéties cocasses, ridicules, ou dramatiques d’une enfance et d’une jeunesse tumultueuses. Il en a connu des déboires, le jeune Pol, notamment dans les années sombres de la seconde guerre mondiale, avant de trouver son équilibre et de devenir un homme plutôt qu'un "monsieur".

dimanche 17 juin 2012

Après l'hommage aux soldats d'Afghanistan


Soldats de métier
ou chômeurs dissimulés ?

Les obsèques solennelles des quatre derniers « morts pour la France » en Afghanistan ont amené certains à s’interroger : fallait-il une telle solennité pour des hommes qui n’avaient finalement été victimes que des risques du métier ? Ce métier, ne l’avaient-il pas choisi en toute connaissance de cause ?

Il est vrai qu’on en fait moins pour les nombreuses victimes des accidents du travail comme pour ceux que la pression hiérarchique amène à craquer et à se suicider.
Il fallait, en l’occurrence, montrer qu’ils n’étaient pas des soldats perdus, comme ceux d’Indochine de 1946-54, et qu’ils avaient participé à une mission sacrée au nom de la France et pour la sécurité des Français —une problématique contestable et d’ailleurs contestée.
Etaient-ils pour autant des soldats de métier qui avaient choisi d’aller au baroud en toute connaissance de cause et par gout de l’aventure et des amitiés viriles ? Une étude d’il y a quelques années montre que l’on s’engage le plus souvent par manque de perspectives professionnelles plus que par vocation guerrière.
On devient EVAT (engagé volontaire de l’Armée de terre) de 17ans et demi à 29 ans, sans aucune qualification pour 1200€ brut par mois au début, logé, nourri, en signant un engagement de 3 à 5 ans. La situation de VDAT (Volontaire de l’Armée de terre) de 18 à 26 ans est moins contraignante (engagement d’un an seulement, renouvelable quatre fois) mais aussi moins rémunérée (700€ brut par mois au début) avec la possibilité de passer EVAT au bout de 10 mois. <http://www.jobintree.com/metier/militaire-rang-armee-terre-798.html>.
Un slogan déjà ancien proclamait « l’Armée vous apprend un métier ». Et il est vrai qu’à part le métier de combattant à pied, elle donne à beaucoup l’occasion de se former dans la mécanique, les transmissions, le secrétariat, etc. L’armée permet ainsi d’échapper au chômage mais elle offre aussi une reconnaissance sociale et une stabilité dans l’emploi qu’on trouve de plus en plus difficilement dans le civil.
Jean-François Léger, de l’observatoire social de la Défense notait déjà il y a quelques années : <http://www.cairn.info/revue-francaise-de-sociologie-2003-4-page-713.htm>
 « Les contrats proposés par les armées offrent aux jeunes une certaine sécurité statutaire. Comme l’ont expliqué la plupart des jeunes rencontrés dans les centres d’information des armées, ces contrats sont « solides ». En dépit de leur durée déterminée (...) , ils acquièrent dès lors un aspect éminemment sécurisant : les jeunes savent pour combien de temps ils sont recrutés et n’ont pas le sentiment que leur contrat sera remis en cause pendant sa durée. La notion de précarité n’est donc pas associée aux contrats d’engagés volontaires. Ils constituent une réelle garantie statutaire et permettent aux jeunes de se sentir « dans la peau » d’un véritable salarié. En effet, les statuts qui leur sont bien souvent offerts sur le marché de l’emploi civil rendent difficile leur affirmation sur le marché du travail. (...) Ces contrats leur donnent l’impression de rester en marge du marché de l’emploi, d’être des « intermittents » du travail, et non des actifs occupés à part entière. Nombre d’entre eux peuvent alors développer le sentiment que leur rémunération est une forme d’obole, et non la contrepartie équitable de la mise en œuvre de compétences. »
Il rapporte ainsi ce témoignage d’un jeune soldat :« Par rapport à ce que je fais [des petits boulots, sous la forme de contrats plus ou moins formalisés], à l’armée, on a un contrat. C’est un salaire qui tombe tous les mois, on n’est pas obligé d’aller pleurer en fin de mois pour avoir la paye. Parce que des fois, on te paie “au black”, t’as l’impression d’être un voleur, alors que t’as juste fait ton boulot. Alors que là, l’armée, c’est quand même vachement carré, t’es reconnu, c’est un plus, c’est sûr. C’est une garantie. De ce côté-là, l’armée, c’est “clean”. On bosse, on est payé, il n’y a pas d’embrouilles. »
Et JF Léger de préciser : « La place occupée par l’institution militaire au sein de la société et sa permanence historique contribuent fortement à crédibiliser les contrats offerts par cette dernière et à leur conférer un caractère sécurisant. L’armée a toujours existé, et cette existence ne saurait être remise en cause. Elle n’est donc pas dépendante des aléas socioéconomiques, comme l’est le monde de l’entreprise. Être militaire, c’est, en quelque sorte, être protégé du risque de licenciement économique. En ce sens, le fait de s’engager est, d’un point de vue strictement contractuel, sécurisant : en s’engageant, les jeunes savent que leur statut est garanti. Cette sécurité contractuelle se double d’une rémunération qui est compétitive par rapport à ce que propose le marché du travail civil (Mattiucci, 2001). La solde proposée aux militaires du rang (sans compter les primes à l’engagement, les avantages en nature tels que le logement ou les repas) se situe au-dessus du revenu médian des salariés âgés de 15-24 ans (854 € en 1999)  [Source : Insee, Enquête Emploi 1999], tandis que les engagés volontaires perçoivent chaque mois une solde supérieure à 1000 €).
Evidemment, il y a toujours des idéalistes et des têtes brulées, des amoureux des armes et de l’aventure mais on trouve plutôt les premiers chez les officiers et les derniers dans des corps spécialisés comme les paras de la Légion ou de l’Infanterie de Marine.
Quoi qu’il en soit, le plus antimilitariste des citoyens ne peut se réjouir de voir ces jeunes gens se faire tuer pour des causes perdues dont la légitimité n’est pas toujours évidente. On devrait laisser tous les va-t-en-guerre revêtir l’uniforme et aller risquer réellement leur vie au lieu de risquer, comme trop souvent, celle des autres.

mardi 5 juin 2012

Regards sur une terre humaine



Changez d'horizons !



Un nouveau livre 
de Jean J. Mourot



Avec « Regards sur une terre humaine-Japon, Arctique », Jean J. Mourot revient sur des entretiens qu’il eut il y a vingt ans avec deux personnalités qui ont continué depuis à tracer leur sillon.

Ces deux chercheurs au CNRS n’ont pas eu le même destin.

La première, Laurence Caillet, après un long séjour au Japon dont elle a ramené son livre aujourd’hui introuvable, « La maison Kamazaki » est restée une discrète chercheuse du CNRS où elle a continué sa carrière de spécialiste du Japon, dirigeant encore récemment de nombreuses thèses sur ce thème.

Le second, le très médiatique Jean Malaurie a continué à labourer les terres arctiques et à œuvrer auprès des autorités compétentes à l’émancipation des peuples du Nord, qu’ils dépendent du Canada, du Danemark ou de la Russie, pays dans lesquels il est reconnu et écouté.

Au cours des deux longs entretiens que l’auteur a eu avec eux en  1991 et 1992, publiés peu après dans la revue syndicale et pédagogique « l’Ecole Emancipée », à l’époque où s’y cotoyaient  sans trop de problèmes les militants radicaux du monde éducatif, ces deux chercheurs ont eu l’occasion de développer leur vision qui du Japon de l’époque, qui de l’avenir des peuples arctiques, tout en revenant sur leurs expériences passées.


L’essentiel de leurs témoignages demeurant étonnamment actuel, leur réédition ne manquera pas d’intéresser ceux qui ne se résolvent pas à sacrifier l’humain au productivisme et au profit de quelques uns. D’autant que le compte-rendu de ces entretiens est suivi d’un regard actuel sur le Japon d’aujourd’hui et sur la situation des peuples arctiques en ce début du XXIème siècle.

Illustré de nombreux documents iconographiques, ce petit livre se lit facilement.

Prix : 7,50 € +port

POUR SE PROCURER LE LIVRE

Par Internet
Books On Demand : http://www.bod.fr/bodshop.html
Editions du Scorpion : edition-du-scorpion@laposte.net
 Port : 4,22 €


Par la Poste
Jean Mourot - Editions du Scorpion
622 bis rue de l’Essart 76480 YAINVILLE
Port: 2 € (écopli) ou 2,50 € (lettre verte)









lundi 12 mars 2012

Une année dans le chaudron de la guerre d’Algérie

Il y a 50 ans, les accords d’Evian devaient mettre fin à la guerre d’Algérie...
Un sous-lieutenant appelé se souvient...



Le 50ème anniversaire des accords d’Evian va probablement relancer la polémique sur la date à retenir pour commémorer la fin de la guerre d’Algérie et rendre hommage aux victimes de cette tragédie.
Laissant aux Algériens le soin de célébrer leur victoire chèrement payée par leur peuple et les combattants de l’intérieur, plus que par les dirigeants rescapés de l’extérieur qui ont rapidement pris les rênes du nouvel état, Jacques Langard, sous-lieutenant du Contingent jeté dans le chaudron de cette guerre qu’il n’avait pas voulue, témoigne de ce que fut le sort de bien des jeunes appelés français contraints de « crapahuter » sur une terre hostile et de combattre en regardant « la mort en face », comme on le chante dans l’hymne de l’Infanterie de Marine.
Son ouvrage est en même temps un hommage aux près de deux millions de garçons qu’une république imprévoyante a impliqués dans un combat douteux pour une cause perdue, dans ce qu’on considérait alors comme un ensemble de départements français, et particulièrement aux 15 000 d’entre eux qu’un sort tragique conduisit à la mort. Une mort que Jacques Langard, jeune sous-Lieutenant appelé de 21 ans, sorti en 1958 de l’EMI de Cherchell, après huit mois comme instructeur en Allemagne a tutoyé dans son régiment d’Infanterie de Marine, des bois de l’Ouarsenis aux confins algéro-marocains, de piton en piton, dans les taillis ou parmi les touffes d’alfa, dans le vent glacé ou sous le soleil accablant, chasseur chassé sous la menace de l’invisible fellagha... sans pour autant se livrer aux exactions qu’on a pu reprocher à certains éléments de l’armée française alors chargée du « maintien de l’ordre ».
Ce livre vient à point rappeler ou apprendre aux jeunes générations ce que fut la condition de leurs pères ou grand pères dans ce combat qui n’était pas le leur mais auquel ils n’avaient pu échapper. Ses récits, ses anecdotes, ses portraits, ses réflexions ont un accent de vérité que souligne un style familier à l’image du langage des hommes du terrain. En dépit de la dureté du vécu quotidien, l’auteur ne se départit pas d’une certaine distanciation allant jusqu’à l’humour, pour en sourire de peur d’avoir à en pleurer.

Jacques Langard : « Nous regardions la mort en face ! 1959-1960 Un sous-lieutenant appelé dans la guerre d’Algérie » BoD-Le Scorpion ; 168 pages illustrées ; 10,90 € ; ISBN n° 978-2-8106-2455-3
En vente en ligne sur www.bod.fr ou franco de port avec 5% de remise sur amazon.fr, chapitre.com, alapage.com. Peut-être commandé en librairie

mardi 31 janvier 2012

Un syndicaliste méconnu: Michel Chauvet (1931-2001)


On ne le trouve pas sur Google. Il ne figure pas dans le Maîtron. Et pourtant Michel Chauvet a fortement marqué le syndicalisme enseignant de 1967 à la fin des années 90. Onze ans après sa mort, il convient de raviver son souvenir.

Le nom de MIchel Chauvet est inséparable de celui de l’ancienne « École Émancipée », la revue des syndicalistes révolutionnaires de l’Enseignement depuis 1910 jusqu’à sa captation en 2002 par une fraction trotskiste décidée à s’impliquer exclusivement dans la toute nouvelle FSU (Fédération Syndicale Unitaire) en participant par ailleurs à sa direction, en contradiction avec les règles qui avaient jusqu’alors prévalu dans la tendance syndicale dont la revue était l’émanation.
Fils d’un couple d’instituteurs qui avait donné de nombreux enfants au syndicalisme (l’un d’eux dirigea longtemps la Mutuelle Générale de l’Éducation Nationale, la MGEN) il vint très tôt au militantisme. D’abord militant de la SFIO (tendance pivertiste, ie de gauche) il s’en éloigna au moment de la guerre d’Algérie avec ceux, dont Édouard Depreux et Alain Savary, qui allaient fonder le PSA (Parti socialiste autonome) avant de constituer avec d’autres mouvements le PSU (Parti socialiste unifié) qui connut son apogée au moment des évènements de 1968.
Instituteur en Seine maritime depuis 1952, il milita parallèlement à la Libre Pensée et au Syndicat National des Instituteurs (SNI) au sein de la FEN (Fédération de l’Éducation Nationale, autonome, pour avoir refusé la scission de la CGT de 1947-48).
Vers 1967, il rejoignit la « tendance » des « Amis de l’École Émancipée » qui regroupait autour de la revue syndicale et pédagogique fondée en 1910 l’extrême gauche syndicale de l’époque, syndicalistes révolutionnaires, anarchistes et trotskistes réunis.
1968 lui donna l’occasion, avec l’aide constante et discrète de son épouse Danièle, de fédérer syndicalement les « enragés » des écoles normales d’instituteurs/ trices et les jeunes enseignants radicalisés. Le groupe « École Émancipée » de Seine maritime devint en quelques années le plus important de France .La direction « socialisante » de la FEN et du SNI  et ses challengers proches de la CGT et du PCF durent pendant des années compter avec ce contrepouvoir remuant les empêchant de tourner en rond et d’accepter trop de compromis avec les pouvoirs en place.
Membre à nombreuse reprises du Conseil syndical du SNI et de la Commission Administrative de la FEN de son département il fut élu dans les années 70 au Bureau National du SNI et de la CA nationale de la FEN mais refusa toujours, selon la règle de sa « tendance », d’y siéger pour plus de deux mandats consécutifs. Fidèle au « refus de parvenir » auquel furent attachés ses prédécesseurs, il ne bénéficia d’aucune décharge de service en tant que permanent syndical et exerça dans une classe à plein temps du début à la fin de sa carrière.
 Responsable national de la « tendance École Émancipée » à deux reprises, de 1970 à 1971 et de 1982 à 1984, il réussit à y maintenir le nécessaire équilibre entre les diverses sensibilités qui s’y affrontaient parfois, sans laisser aucune d’elles en prendre le contrôle.
Directeur de la publication de 1986 à 1996, il sut fédérer les compétences et les mobiliser pour en faire une revue journalistiquement présentable, en dépit du manque de moyens et d’un tirage plutôt confidentiel.
Lors de l’éclatement de la FEN en 1992, il ne pourra empêcher la fraction dirigée par le secteur enseignant de la LCR d’entrainer l’ÉÉ dans le sillage du « courant de pensée » « Unité & Action » et de l’aider à fonder la fédération concurrente de la FEN, la FSU, en même temps que ses militants qui refusaient de choisir entre la peste et le choléra se dispersaient dans des structures diverses.
Ayant très mal vécu cette période, il prendra du champ avec l’action syndicale et mourra avant d’assister au dernier acte : l’éclatement de cette structure à laquelle il avait consacré l’essentiel de son énergie, « l’École Émancipée », dont l’avatar actuel n’est qu’une contrefaçon et que tente bien difficilement de continuer « l’Émancipation syndicale et pédagogique »
Michel Chauvet a bien mérité du syndicalisme et il convient de ne pas l’oublier.

samedi 16 juillet 2011

Faut-il avoir fait son service militaire en France pour être antimilitariste ?


La sortie d’Eva Joly contre le défilé du 14 juillet a suscité contre elle non seulement des réactions xénophobes mais une étonnante unanimité autour de « notre armée, qui se bat aujourd’hui sur beaucoup de terrain »(M.Aubry)

Il est de bon ton aujourd’hui, surtout le 14 juillet, de célébrer les valeurs de notre république qu’on ne s’étonne guère de voir bafouées le reste de l’année. Mais la quintessence de notre république se situe-t-elle dans notre armée ? Eva Joly a-t-elle tort de proclamer que « le temps est venu de supprimer les défilés militaires du 14 Juillet parce que ça correspond à une autre période ».

Nous ne sommes plus menacés par les armées étrangères. On nous a longtemps seriné que l’essentiel de notre protection résidait dans la dissuasion nucléaire. On a supprimé le service militaire de conscription. Notre armée actuelle est une armée de métier qui intervient essentiellement comme gendarme du monde. Le gouvernement l’engage presque toujours sans consultation du Parlement et les seuls à s’émouvoir sont les familles des soldats. Normal, la plupart des Français savent que tous les métiers comportent des risques et que l’on de donne pas de médailles à ceux qui meurent sur un chantier. On s’apitoie sur le sort des soldats tués en mission et c’est normal. C’est triste. Mais cela fait partie des risques du job. On mourait d’ailleurs beaucoup plus au combat autrefois.

Est-il vraiment scandaleux de rêver « que nous puissions remplacer ce défilé par un défilé citoyen où nous verrions les « enfants des écoles, où nous verrions les étudiants, où nous verrions aussi les seniors défiler dans le bonheur d'être ensemble, de fêter les valeurs qui nous réunissent ». Cela me fait penser aux fêtes de la Jeunesse des années d’après-guerre. C’est peut-être un peu ringard mais on pourrait creuser l’idée d’une célébration de la fête nationale qui ne soit pas guerrière. Comme celle de la « Méridienne verte » de l’an 2000, avec son « incroyable piquenique » ou comme le défilé de J.P. Goude le soir du 14 juillet 1989, pour la célébration du bicentenaire de la Révolution. Celui-là avait suivi le traditionnel défilé militaire. N’aurait-il pas pu le remplacer ? D’ailleurs, en 1790, le 14 juillet dont on célèbre l’anniversaire depuis 1880, avait pris l’allure d’une « fête de la Fédération », civile et non militaire. Ce n’est que depuis 1919 qu’on défile sur les Champs-Elysées. avec quelques interruptions pour des variantes d’itinéraire. Auparavant, on faisait cela à l’écart, sur l’hippodrome de Longchamp. Il s'agissait de montrer le redressement militaire de la France après la défaite de 1870 et d'entretenir dans l'opinion publique l'esprit de mobilisation pour recouvrer, grâce à l'armée, les provinces perdues d’Alsace-Moselle...

Les défilés militaires sont d’ailleurs bien illusoires. Celui du 14 juillet 1939 fut magnifique, même dans la simple ville de Metz où j’y assistai, à l’âge de près de 5 ans. Devant un tel déploiement de force mon père se disait persuadé que « les Boches n’avaient qu’à bien se tenir ! » On vit ce qu’il en advint quelques mois plus tard !

Si l’on voulait vraiment entretenir ou créer un lien entre l’Armée et la Nation, il nous faudrait une armée à l’image de l’armée suisse, une armée de citoyens-soldats prêts à tout moment à se mobiliser pour la défense du sol national. Nous n’avons, hélas, qu’une armée de type néo-colonial qui se justifie par un discutable « devoir d’ingérence » à géométrie variable (Afghanistan et Libye, mais pas Syrie ou Birmanie). Les amateurs de défilés militaires pourraient toujours se faire plaisir à un autre date, le 8 mai ou le 11 novembre, par exemple. Mais il est vrai que le temps est en général moins clément ces jours-là ! On continuera donc la tradition militariste et cocardière et l’on fera défiler ad vitam æternam l’armée et la police le 14 juillet pour la plus grande joie des badauds. Et tant pis pour Eva Joly. Elle ne sera d’ailleurs jamais présidente de la République. Alors pourquoi tout ce cinéma autour de ses propos à peine antimilitaristes ?